7 pièges à véganes

La transition vers un régime végane réserve bien des surprises, et se cantonner à la lecture des étiquettes ne dévoile pas tous les vices, notamment ceux des processus de fabrication. Petit florilège des « pièges » les plus étonnants.

Le vin

Bien que le vin ne soit « que » du jus de raisins qui provient de la vigne, son processus de fabrication implique l’utilisation de matière animale. En effet, pour réaliser la « colle » lors de la clarification (qui permet d’éliminer les particules et les résidus de levure restés en suspension dans le vin), il n’est pas rare que les vignerons et les viticulteurs recourent à certains produits animaux.

Photo par Jean-Luc Benazet depuis Unsplash

« Les produits utilisés pour réaliser la colle sont nombreux : blanc d’oeuf, colle de poisson, ou encore caséine, une particule que l’on retrouve dans le lait. Or, tous ces ingrédients ont des origines animales. Pourtant, il est possible de s’en passer, en utilisant une colle végétale élaborée à base de protéines végétales telles que le pois, le blé ou encore la pomme de terre. »

Avenue Des Vins

Autre précision d’importance : « Si le cahier des charges de la production de vin bio interdit l’utilisation de produits tels que la gélatine ou l’albumine à base de sang animal, il autorise en revanche le blanc d’oeuf et la caséine. Un vin labellisé « bio » n’est donc pas nécessairement vegan et vice-versa. »

De passage dans une cave de Strasbourg, j’ai demandé par curiosité à quel point je devais me méfier des vins ne présentant pas de label Vegan (de toute façon les vignerons ne doivent pas en avoir grand-chose à foutre, il faut être honnête) et l’on ma gentiment répondu que les alternatives chimiques priment aujourd’hui. Mais comme toujours, dans le doute, privilégiez le rassurant label V.

Les préservatifs

Tout comme le vin, les préservatifs ne sont pas végans par défaut car ils font appel à la caséine. Protéine présente dans le lait, les préservatifs sont donc au mieux végétariens. Heureusement quelques entrepreneurs opportunistes se sont lancés dans la brèche histoire de pouvoir faire nos petites affaires sans matière animale.

Deux préservatifs emballés sur fond rouge
Photo par Anqa depuis Pixabay

La caséine est utilisé par les fabricants conventionnels pour lisser et affiner le caoutchouc lors d’une des nombreuses étapes de manufactures. GLYDE, une alternative vegan et équitable explique avoir remplacé la caséine par de l’extrait de chardon (ils en ont aussi profité pour retirer les substances chimiques à risque tels que le talc, le nonoxynol-9 et le benzocaïne).

Les cigarettes

A priori, si vous êtes végane, et pour rester dans la logique de préservation de l’environnement et de votre santé, vous pouvez prendre la décision d’arrêter de fumer. Si vous continuez cependant, il faut savoir que la plupart des marques de cigarettes ne sont pas cruelty-free, loin de là.

Trois mégots de cigarettes dans un cendrier
Photo par Sara Kurfeß depuis Unsplash

Il y a deux raisons à cela, et la première est les tests sur les animaux. Sans surprise, la page Wikipédia en anglais sur le sujet est riche en informations. Les meta-analyses de l’Agence Internationale de Recherche sur le Cancer (IARC) rapportent que les tests sont effectués sur les chiens, les chimpanzés, les lapins ainsi que les hamsters dorés (ou hamster syrien), les rats et les souris parmi les rongeurs.

On ne va pas rentrer dans le détails (parce que c’est glauque, mais aussi parce que ça mérite son propre article), mais grosso modo, il y a deux méthodes. Dans la première, on attache un appareil respiratoire aux animaux, appareil à travers lequel on diffuse de la fumée de cigarette (exposition directe) ; on utilise aussi la trachéotomie (incision d’un tube respiratoire dans la trachée) pour diffuser de la fumée de cigarette directement dans les poumons. La seconde méthode la plus courante est l’application de condensés de fumée de cigarette sur la peau des animaux afin de provoquer des tumeurs bénigne et malignes.

Du côté des marques véganes, il faut se tourner vers Imperial Tobacco (Gitanes et Gauloises en France) et Nat Sherman, qui ont pour politique de ne pas tester sur les animaux. Santa Fe et Lorillard en avaient également mais sont passés dans le giron de R. J. Reynolds Tobacco Company, groupe qui teste lui sur les animaux.

Deuxième raison : L’utilisation du castoréum. Cet élément qui entre dans la composition des cigarettes est une « sécrétion huileuse et odorante produite par des glandes spécifiques » aux castors qui leur permettent de « s’identifier et d’identifier et de marquer et délimiter son territoire » mais aussi d’imperméabiliser leur fourrure. Il permet aux fabricants de parfumer les cigarettes.

Les parfums

Outre le fait que la majorité des parfums appartiennent à des compagnies qui testent sur les animaux, les ingrédients de ceux-ci peuvent être d’origine animale. On trouve six matières premières animales en laboratoire.

Flacon de parfum et branche de fleur
Photo par Mareefe depuis Pexels

Ces six essences animales « jouent le rôle de fixateurs et se rencontrent surtout dans les parfums masculins, du moins pour les trois premières » :

  • Le musc, sécrétion produite par le chevrotin du Tibet (est privilégié aujourd’hui le musc de synthèse, bien moins cher).
  • Le castoréum, excrétion du castor.
  • La civette, sécrétion de l’animal du même nom.
  • L’ambre gris, calcul intestinal issu du cachalot.
  • La cire d’abeille, sécrétion produite par les abeilles dans la ruche.
  • L’hyraceum, de l’urine riche en phéromones pétrifiée produite par un le Daman du Cap.

Les parchemins

On les confond souvent à tort avec le papyrus et il est même probable que jamais vous n’avez eu entre les mains une œuvre réalisée à partir de cette matière, rare, mais il reste que cela existe toujours aujourd’hui.

illustration ancienne en noir et blanc
« Écharnage et ponçage du parchemin, sur la herse » in Les merveilles de l’industrie ou, Description des principales industries modernes par Louis Figuier, Tome II. Illustration du Fondo Antiguo de la Biblioteca de la Universidad de Sevilla from Sevilla, España. CC BY 2.0

Support pour la peinture et la calligraphie, le parchemin est une peau d’animal domestique (mouton, agneau, chèvre, chevreau) qu’on a traité avec de la chaux vive. Avec une peau, on a deux solutions possibles ; soit on la traite avec des tanins (végétaux, minéraux ou synthétiques) pour obtenir du cuir soit avec de la chaux pour obtenir un parchemin : c’est l’ebourrage, soit l’élimination des poils (la bourre) par l’immersion dans un bain de chaux qui provoque simultanément le relâchement des poils (épilage) et le pelanage des peaux. L’action de la chaux permet en outre de rendre la peau imputrescible en tuant toutes les matières vivantes : lipides, protéines, etc.

Mais ce n’est pas tout ! On mentionnait plus haut les peaux d’agneau et de chevreau (ce qui est encore plus ignoble que des animaux arrivés à l’âge adulte) et il n’est pas possible de ne pas mentionner pour de simples raisons d’exhaustivité le vélin.

Le vélin est une peau de vélot (veau mort-né), très fine, recherchée par les calligraphes, les miniaturistes et les relieurs pour sa blancheur, sa douceur et sa finesse. Le vélin est une spécialité apparue à la fin du Moyen Âge.

Wikipédia

Sur ce site d’artisans spécialisés, on croit bon de préciser que « le veau mort-né devient de plus en plus RARE et EXCEPTIONNEL » (j’ai laissé l’emphase). Et de détailler les prix : « Le dm2 : 5 €. Une peau de 30 dm2 = 150 €. Une peau de 35 dm2 = 175 €. Une peau de 40 dm2 = 200 €. Etc ». Le spécisme à son paroxysme.

Les instruments de musique

Suite logique du point précédent, les instruments de musique à membrane sont eux aussi composés de peau d’animal. Wikipédia précise que « le parchemin est aussi employé comme renfort et table d’harmonie dans certains instruments de musique à cordes et comme membrane (surface de vibration) pour les instruments de percussions ; les velins sont aussi employés.

Un rabâb / Tropenmuseum, part of the National Museum of World Cultures © CC BY-SA 3.0

La liste exhaustive de Wikipédia est reproduite ci-dessous :

Les colorants alimentaires (E120)

Additif alimentaire déjà évoqué sur VegStra (E120 : Ennemi Public N°1), le carmin est un colorant obtenu par le séchage et la pulvérisation des cochenilles — différents degrés de chaleur permettent d’obtenir différentes nuances de rouge. Alors évidemment c’est aussi dégueulasse de se dire qu’on bouffe des insectes que c’est immoral d’en tuer 70 000 pour obtenir 450 g de colorant, mais ça se rapproche aussi des méthodes utilisées pour la confection des bonbons : on transforme les sous-produits animaux (tendons, cartilage, ligaments, peau, os, cornes, sabots, …) en gélatine et on rend le tout attractif et profitable.

pilon et mortier blanc avec cochenilles écrasées
Photo par madelinetosh depuis Flickr / CC BY-NC-ND

Le plus surprenant dans l’additif E120 n’est pas tant qu’il soit à base de matière organique, mais plutôt qu’on le retrouve dans des produits insoupçonnés : Volvic aromatisée, vinaigrette aux échalottes, vermicelles pour pâtisserie, Fanta, chewing-gum Hollywood… La liste est longue. Même la raclette qui conviendrait (sauf présure animale) à un végétarien est ainsi rendu inadéquate.