3 documentaires pour aborder le véganisme

S’il n’est pas toujours aisé d’être végane et de convaincre par la logique et la compassion, les documentaires peuvent s’en occuper pour vous.

Santé, Environnement et Éthique

À titre personnel, et je pense que c’est le cas pour beaucoup de personnes ayant fait la transition depuis un régime omnivore, le chocs des images peut-être plus fort que celui des mots. Mais il ne faut pas oublier que de nombreuses personnes choisissent de passer à un régime végétalien pour des raisons de santé tout à fait valables (risque de maladies cardio-vasculaires, d’ostéoporose, de diabète, de cancers réduits) ou par volonté de manger moins de nourriture transformée et que celles-ci sont sensibles à d’autres arguments.

De même un écologiste un tant soit peu intéressé par l’impact de son régime alimentaire et qui veut en faire plus que trier ses déchets, couper l’eau en se lavant les mains et se déplacer à vélo sera ainsi plus sensible aux conséquences de la déforestation, l’acidification des sols, la monoculture, les dégagements de gaz à effet de serre (méthane, protoxyde d’azote, dioxyde de carbone) et la consommation d’eau entraînées par l’industrie agro-alimentaire.

Pour chacune de ces personnes, il existe un documentaire frappant pour témoigner par les faits des conséquences de la consommation de produits animaux. C’est là aussi la force du véganisme que de pouvoir s’appuyer sur différents arguments, tirons-en parti !

Dominion (2018) — Éthique

Par le producteur de Earthlings (2005) — premier documentaire à tirer la sonnette d’alarme sur les conditions d’élevage industriels à partir d’images de ses coulisses, et le réalisateur de Lucent (2014) qui dénonçait déjà l’élevage porcin intensif, Dominion est un nouveau témoignage accablant des pratiques industrielles. Tourné en Australie, il reflète cependant l’ensemble de ces pratiques dans le monde occidental.

Souffrance animale, maltraitances physique et psychologique, stress, taux de mortalité élevé, conditions de détention et d’abattage : c’est toute la chaîne industrielle qui y est examinée, du premier jour en écloserie (pour les canards, poules de pontes et poulets, oies, poissons) jusqu’aux phases d’engraissement médicamentées en finissant par la mise à mort expéditive et donc forcément bâclée et barbare des animaux… Des images dures mais nécessaires qui permettent à tout un chacun de confronter ses choix alimentaires (et au-delà) à la réalité de la souffrance animale.

Se concentrant principalement sur l’utilisation des animaux élevés pour l’alimentation, le documentaire n’oublie pas d’aborder les autres formes d’exploitation animale : la recherche scientifique, les vêtements et le divertissement. Narré par Joaquin Phoenix, Rooney Mara, Sia, Sadie Sink et Kat Von D, Dominion est LE documentaire incontournable sur la question.

Cowspiracy (2014) — Environnement

https://www.youtube.com/watch?v=BAcb4-kYU10

Cowspiracy retrace le parcours de son réalisateur Kip Andersen qui, marqué par Une vérité qui dérange d’Al Gore, change ses habitudes quotidiennes (consommation d’eau, d’électricité et d’énergie fossile) mais reste dubitatif sur l’impact réel de ces gestes. Un article des Nations Unies (en anglais) pointe à ce moment du doigt l’industrie agro-alimentaire, responsable de plus d’émissions de gaz à effet de serre que l’ensemble du secteur des transports.

Son enquête commence lorsqu’en essayant de confirmer ces chiffres auprès d’organismes de protection de l’environnement (Greenpeace, Rainforest Action Network, Amazon Watch) et d’officiels (Département de ressources en eau de Californie), il découvre que le problème des conséquences de l’élevage intensif est rarement abordé, quand il n’est pas ignoré volontairement pour des raisons financières.

À travers des interviews d’auteurs et d’ONG, d’éleveurs actuels ou réformés, de calculs simples et d’animations, Andersen présente un état des lieux affligeant où « agriculture durable » n’est qu’un grossier mensonge, où le pouvoir de l’industrie agro-alimentaire et son lobbyisme sont omniprésents, et où les conséquences sur l’environnement sont si désastreuses et nombreuses qu’il ne peut y avoir une solution autre qu’une radicale, celle de repenser son alimentation. On peut reprocher au documentaire un aspect Théorie du complot, mais la démonstration reste édifiante.

Note : Le chiffre de 51% d’émission de gaz à effet de serre avancé par l’étude de la Banque mondiale (PDF) était controversé lors du lancement du documentaire et a été corrigé lors de sa réédition par Leonardo Di Caprio avant sa publication sur Netflix l’année suivante. En juin 2018, la publication d’une méta-analyse des chercheurs Joseph Poore et Thomas Nemecek (Science Magazine) a établit que la responsabilité de l’industrie agro-alimentaire se porte à hauteur de 26% des émissions de gaz à effet de serre, les animaux représentant à eux seuls 58% de la production de GES dans la chaîne alimentaire, soit 15% des GES d’origine anthropique.

Forks Over Knives (2011) — Santé

Forks Over Knives relate le parcours de Lee Fulkerson pour mieux comprendre l’impact de son régime alimentaire sur sa santé. Devant des résultats sanguin inquiétants (taux de cholestérol élevé, pression sanguine au-dessus de la norme, inflammation de vaisseaux sanguins et risques de maladies cardiaques), le réalisateur et narrateur prend conseil auprès de deux docteurs en médecine s’appuyant sur un whole foods plant-based diet, régime « qui limite la consommation de produits animaux et favorise les aliments végétaux non transformés » (Wikipedia). Des résultats on ne peut plus concluants sont présentés en conclusion du long-métrage, qui ne se résume pour autant pas à cette démonstration.

Le documentaire retrace également les grands bouleversements alimentaires de la deuxième moitié du XXème siècle : avènement des supermarchés, plats préparés et conserves et essor des drive-in pendant les Trente Glorieuses ; explosion des chaînes de fast food les décennies suivantes ; intégration systématique d’édulcorant à haute teneur en fructose dans la nourriture transformée après 1973. L’apparente priorisation des intérêts économiques de l’industrie agro-alimentaire sur la santé des consommateurs y est également soulignée.

Forks Over Knives s’intéresse de façon plus notable aux travaux des Dr. Colin Campbell et Chen Junshi (The China–Cornell–Oxford Project) et Dr. Caldwell Esselstyn (A way to reverse coronary artery disease ?), dont les résultats de recherches sur plusieurs décennies se croisent pour établir non seulement les bienfaits d’une alimentation à base d’aliments végétaux non transformés mais également les risques pour la santé de l’ingestion de produits animaux. Le long-métrage dénonce aussi le recours excessif à la médication et à la médicalisation aux États-Unis, solutions temporaires en lieu et place d’un régime alimentaire sain.

Instructif, toujours captivant et riche en informations pertinentes, le documentaire présente des arguments de poids pour drastiquement réduire voire éliminer les produits animaux afin de tout simplement mieux se porter.

Note: on peut aussi se tourner vers What The Health sur Netflix, du réalisateur de Cowspiracy. Le film fait aussi bien, mais garde les défauts de son prédécesseur, à savoir un côté complotiste tout au long et moralisateur sur la fin. Il est cependant plus accessible.