10 articles pour réfléchir sur le véganisme

Quand on est végane, on met un point d’honneur à actualiser et sourcer ses informations afin non seulement de convaincre et d’argumenter de façon crédible et efficace, mais également parce que le véganisme devient un activisme. En tant que tel, il se transforme en projet de recherche et, des documentaires aux papiers académiques en passant par des billets de blog, tout est source de curiosité et d’informations.

Dans cet article, je fais le point sur 10 articles suffisamment mémorables après leur lecture pour les évoquer aujourd’hui. Ils ont soit ouvert des pistes de réflexion, soit changé mon attitude, soit ont permis de se confronter à des contrepoints — en résumé ils ont été, chacun à leur manière, de fascinantes lectures. Ils ne sont pas ici classés par ordre d’importance (les meilleurs sont, à mon avis, les deux derniers) mais par un fil rouge, une suite d’idées reprises l’un à la suite de l’autre.

Cette liste est appelée à évoluer.

1. Cachez ce burger que je ne saurais voir | Brocoli concentré

Répertorié sur les liens utiles de L214, le blog du Brocoli concentré contient des textes bien écrits, bien argumentés et dotés d’une logique imparable. Dans Cachez ce burger que je ne saurais voir, on nous rappelle que toute évolution est bonne à prendre.

Dans cet article, l’auteur aborde le militantisme sous l’angle de la stratégie : il faut penser efficacité plutôt que se saboter entre véganes ; il faut s’adresser à la classe politique tout comme aux citoyens ; il faut soutenir toute progression du public vers le végétarisme ou le végétalisme plutôt que dénigrer ces efforts pour manque de cohérence ; il faut soutenir les démarches réformistes qui conduiront vers l’abolitionnisme. En un mot : chaque pas en avant est un progrès pour le véganisme,

Il n’est pas simple de devoir pondérer un message que l’on sait vrai. Auprès d’un certain public, il s’agit néanmoins d’une nécessité, commandée par l’exigence de résultat.

2. Police végane, arrêtez cet homme | Brocoli concentré

Toujours chez le Brocoli concentré, Police végane, arrêtez cet homme vient taper sur les doigts des véganes qui critiquent à tout va ceux qui ne répondent pas à leurs attentes en matière d’éthique… particulièrement chez les autres végétaliens. De la même manière que l’article précédent invite à accueillir toute démarche vers le végétalisme comme un progrès, celui-ci vient nous rappeler la futilité de l’idée de pureté.

Sorte d’idéal des véganes, la pureté correspond au principe de cohérence : on considère hypocrite de la part d’un végétalien de porter du cuir, pourtant la transformation de l’alimentation d’une personne diminue déjà la souffrance animale en se retirant de l’offre et de la demande en nourriture animale. Seulement pour un végane, si l’on entame cette démarche de réduction de la souffrance, on ne peut le faire à moitié. L’inconvénient est alors la position végane qui consiste à dénigrer tout ce qui ne répond pas à ses idéaux.

Le gros problème, c’est évidemment que chaque année, plus de 50 milliards d’animaux sont abattus pour l’alimentation humaine dans le monde. Le minuscule problème, c’est qu’il existe des personnes qui ne sont pas à 100 % véganes mais qui se prétendent quand même véganes. La Police végane préfère s’attaquer à ce problème, et consacre son énergie limitée à déterminer qui est oui ou non en droit de revendiquer son étiquette végane.

Brocoli concentré rappelle au contraire qu’il est important de s’éloigner de l’élitisme qu’on instaure par une ligne de démarquage personnelle, et qu’il faut viser à maximiser des résultats positifs pour les animaux.

3. Végane flexible ? | La Carotte Masquée

Suite logique de l’article précédent et « ébauche de réponse personnelle » sur le sujet de la flexibilité du régime végétalien, l’article Végane flexible ? de La Carotte Masquée aborde la notion taboue du régime d’exception, dans des contextes particuliers où être végane pour être végane n’apporte rien — lorsque l’on est seul face à sa conscience et qu’un choix n’affecte ni le bien-être animal, ni l’environnement. Il n’est ni évident de lire l’article et de partager l’avis de l’autrice, ni d’écrire ici des idées avec lesquelles je suis en désaccord sur le principe. Mais un principe peut être amené à évoluer s’il ne résiste pas aux assauts de la logique…

Doit-on plutôt viser à être végane dans sa tête (et ses actions) ou à être pur de corps ? Être végane, bien plus que suivre un régime alimentaire différent, relève d’une question d’identité. Après tout, on « devient » végane, puis on « est » végane, etc. La discipline qu’on s’impose d’être un végane aussi parfait que possible répond à des critères d’éthique personnels, et trahir ces derniers revient à trahir l’identité qu’on s’est construite (sujet abordé avec exhaustivité par Hank Rothgerber dans « Attitudes Toward Meat and Plants in Vegetarians » in François Mariotti et al., Vegetarian and Plant-Based Diets in Health and Disease Prevention, 2017). Le manque de cohérence qui résulterait d’une « tricherie » nous causerait de la culpabilité : on a l’impression non seulement de trahir nos idéaux, mais également les animaux.

Le régime végane ne s’arrête cependant pas à des choix alimentaires : on est végane contre la détention des animaux dans les zoos, les cirques, les parcs aquatiques; contre les tests en laboratoire et de cosmétiques; contre l’utilisation de leurs peaux comme vêtements; contre leur utilisation pour les loisirs; contre l’abandon et la maltraitance; contre toute forme d’exploitation, au-delà de l’élevage industriel, et contre la souffrance animale plus généralement. Ainsi l’alimentation n’est qu’un pan des multiples facettes que compte le militantisme végane. De ce point de vue, en absorbant de la nourriture animale, on ne trahit que partie de ses principes.

Au contraire, s’arroger des exceptions soi-même c’est ouvrir une porte « pour justifier tout et n’importe quoi » pour reprendre l’autrice. Par exemple lorsqu’elle écrit « J’étais frustrée. Il restait de la raclette, j’en avais envie, j’en ai pris. », c’est de l’égoïsme et ça n’a rien à voir avec la contrainte et le manque de choix. Le reste des exemples de Carotte-girl permettent cependant de se mettre à sa place dans des situations complexes qui peuvent justifier de la flexibilité… Et permettre de s’ouvrir aux autres.

Martin Gibert, enseignant en éthique et philosophie du droit et auteur de Voir son steak comme un animal mort évoque dans un éditorial de Véganes Magazine cité dans l’article les bienfaits « d’un certain laxisme moral » qui permet de « rompre avec le cliché du végane « extrémiste », intransigeant et obsédé par la pureté », afin d’encourager les autres aussi à passer à une alimentation végétale. Une bonne piste de réflexion.

4. Seriez-vous aujourd’hui végane si… | The Vegan Strategist

Suite logique à la suite logique, l’article Seriez-vous aujourd’hui végane si… de The Vegan Strategist m’a amené à être plus conciliant avec les omnivores et végétariens, alors même que je n’avais plus aucun filtre avec ces derniers et ne comprenais pas comment on pouvait être si ignorant (ironique de la part d’un ancien omnivore).

Dans ce court texte où les illustrations font tout, Tobias Leenaert évoque la « pente raide » que représente un changement de mode de vie et d’alimentation, a fortiori vers le véganisme — une pente qu’il est nécessaire de rendre « la moins raide possible » :

Moins la pente sera raide (= plus il y aura d’options véganes), plus les gens deviendront véganes.

Un article court et plein de bon sens qui rationalise la dualité végane/omnivore en rappelant les faiblesses de l’Homme.

5. Pourquoi je suis welfariste | Vincent Berraud

Dans un esprit similaire, Broccoli concentré publie sur son site une traduction d’un texte de Vincent Berraud, Pourquoi je suis welfariste (abolitionniste). Ici il ne s’agit pas pour le consommateur d’accéder à une pente de moins en moins raide, mais pour le végane abolitionniste (ici opposé au welfariste) de reconnaître l’intérêt des « avancées graduelles ».

Si tous le véganes sont abolitionnistes, car chacun d’entre nous souhaite la fin de l’exploitation animale, certains ne sont pas welfaristes ou « réformateurs ». Partisan du tout ou rien, on peut oublier qu’avant ce happy ending tant souhaité (et plutôt utopique à notre époque) qui ferait s’arrêter l’exploitation animale du jour au lendemain, ou plutôt en attendant celui-ci, les animaux souffrent. En changeant de perspective, c’est-à-dire en nous mettant à la place de l’animal encagé, n’accueillerait-on pas chaque réforme comme un pas en avant ?

Réformer, c’est améliorer la situation de milliards d’animaux. Le travail accompli par L214 avec les poules pondeuses en cages et en batteries, par exemple, incite les industriels à changer de pratique d’élevage et les consommateurs à s’en détourner, ce qui affectera un nombre incalculables d’animaux. Quand on sait qu’en France on tue près de 2 200 000 poulets par jour, 800 millions chaque année et que 83% d’entre eux proviennent d’élevages intensifs [1], l’amélioration de leur condition de vie parait indispensable, bien que leur position n’aura toujours rien d’enviable.

Imaginez les personnes travaillant contre le tabagisme dire « Ce qu’on veut, ce ne sont pas des zones non-fumeurs dans les hôpitaux et les lieux publics. On exige uniquement l’interdiction totale du tabac ! » À votre avis, où en seraient aujourd’hui les droits des non-fumeurs, la prévention contre la cigarette et le contrôle du tabagisme avec cette démarche ?

Comme souvent sur le blog du Broccoli concentré, ce qui est souligné est la bêtise d’une approche dogmatique du véganisme : idéal de pureté et principes personnels contreviennent au but que devrait viser tout végane.

Le seul critère pertinent pour évaluer la validité d’une action est son impact dans le monde réel.

À cette fin, la position réformiste a plus d’impact que la position abolitionniste (celle-ci n’en a absolument aucun jusqu’à ce que ce qui doit être aboli le soit), et ce, à chaque étape de réformation. Je vous invite à lire l’article complet pour comprendre les enjeux des deux positions.

6. Je suis une vegan modérée | Insolente Veggie

On fait difficilement plus pertinents que les dessins de Rosa B., aka Insolente Veggie, autrice de déjà quatre volumes de bandes-dessinées. Dans le strip Je suis une venge modérée, Rosa déconstruit la notion de « juste milieu » et la perception selon laquelle les véganes sont des extrémistes radicaux.

Encore un ami des animaux.

Elle invite à nous demander ce qui est juste plutôt que ce qui est la position raisonnable du milieu. J’en profite pour évoquer sa section Ressources qui présente une bibliothèque très exhaustive des ouvrages abordant l’antispécisme, que ce soit à travers des romans, des essais ou des enquêtes. Elle mérite toute votre attention.

7. Véganes et éleveurs paysans, deux camps irréconciliables ? | L’Amorce

L’Amorce, « revue contre le spécisme », est l’un des seuls sites à fédérer des billets d’auteurs et autrices apportant différentes réflexions sur la question animale. Philosophes, universitaires, chercheurs contribuent à animer cette tribune souvent passionnante. L’article Véganes et éleveurs paysans, deux camps irréconciliables ? de Frédéric Mesguich fait le rapprochement entre les buts communs de deux parties que tout semble opposer.

L’idée d’un animal-machine construite par les élevages industriels sont à mille lieues des principes paysans (on le voit bien notamment dans le documentaire Adieu veau, vache, cochon, couvée), tout comme la maltraitante des animaux dont ils s’occupent. Plus intéressant encore, il est dans l’intérêt commun des véganes et des éleveurs paysans d’augmenter le prix de vente des produits animaux : les premiers se battent déjà pour une taxe sur la viande pour dissuader l’achat, les seconds seraient récompensés pour un traitement plus humain des animaux d’élevage.

L’article va plus loin encore, mais je ne veux pas vous gâcher le plaisir, c’est une très belle découverte.

8. Why Is There No Such Thing as a Vegan? | ThoughtCo

Premier et dernier article en langue anglaise (mais il est court), Why Is There No Such Thing as a Vegan? rappelle à juste titre que la quête de pureté des véganes est aussi vaine que le la punition quotidienne de Sisyphe. Vous avalez des anti-douleurs, des anxiolytiques ? Ça a été testé sur les animaux. Vous avez versé du Destop dans votre évier bouché ? Ça a été testé sur l’œsophage des animaux.

L’autrice Doris Lin va plus loin en rappelant les dommages collatéraux que sont les animaux tués pendant les récoltes agricoles, les déplacements voire éradications des environnements de la faune, l’épandage d’insecticides, mot qui signifie à lui seul tout un massacre. Ceux qui conduisent savent également qu’ils ne sont pas innocents dès qu’ils prennent la route, s’ils se contentent de regarder leur pare-brise. « Plastiques, caoutchouc, peinture, pneu, colle » cités par Doris Lin sont autant de produits pour lesquels les fabricants n’ont pas besoin de dévoiler la composition. Ils comprennent cependant fréquemment des produits animaux, chimiques ou additifs.

L’article ne rappelle que trop bien que l’objectif du véganisme est de maximiser la réduction de la souffrance animale. Le végane parfait n’existe pas. La police végane n’a aucune utilité. Le devoir de chacun en revanche est de chaque jour améliorer ses connaissances pour faire des choix en accord avec ses principes moraux, pour pouvoir réfuter toutes les idées préconçues que vous déballeront les omnivores (et végétariens) et développer son raisonnement éthique.

9. À propos du nécessaire changement de paradigme dans le mouvement pour les droits des animaux | Abolition du véganisme

Cet article passionnant et sûrement l’un des meilleurs qu’on soit en droit de lire aujourd’hui étudie ce qui est et n’est pas efficient pour défendre la cause animale. Dans À propos du nécessaire changement de paradigme dans le mouvement pour les droits des animaux, l’auteur passe en revue les différents arguments de la cause animale : santé, environnement, souffrance… Quels sont les messages qui peuvent réellement porter le débat animaliste sur la place publique ? Doit-on crier « Go Vegan » ou « Fermez les abattoirs » ?

L’importance de l’action politique est rappelée avec force, ce qui en fait une lecture indispensable.

10. Comment faire des revendications efficaces | Abolition du véganisme

Suite spirituelle de l’article précédent, Comment faire des revendications efficaces, sous-titré « qui deviennent acceptables pour l’opinion publique », explore « des exemples qui montrent que les principes moraux communément admis permettent de rendre acceptables les revendications des activistes auprès de l’opinion publique. »

Les féministes refusent la domination et l’oppression du patriarcat ? Elles devraient également refuser le discours dominant et la discrimination spéciste qui permet l’exploitation des animaux. La violence est intolérable dans notre société ? Le principe de non-violence doit s’étendre à tous les êtres sentients.

En quatre exemples et à l’aide de métaphores, l’auteur établit des parallèles simples et efficaces qui permettent de mettre en exergue les contradictions de nos principes moraux qui ne semble jamais profiter aux animaux.