5 tendances compatibles avec le véganisme

Être végane, c’est bien, mais ça n’est pas mutuellement exclusif avec d’autres gestes ou modes de pensée. Ce n’est pas parce qu’on boycotte des produits ayant un impact énorme sur l’environnement qu’on ne peut pas prendre d’autres réflexes permettant de minimiser son empreinte sur l’environnement.

L’agriculture biologique et le circuit court

Dans la théorie, je suis pour le bio : moins de pesticides, une pollution des sols et des nappes phréatiques réduites, un impact moindre sur l’organisme humain, etc. Reste que le bio s’est transformé en argument marketing et que le public est souvent mal informé sur sa mise en œuvre.

En France un sondage de 2009 montre que 90 % de la population pensent que les produits biologiques sont « plus naturels car cultivés sans produits chimiques », 81 % pensent qu’ils sont « meilleurs pour la santé », et 74 % pensent que les « qualités nutritionnelles des aliments [sont] mieux préservées ».

Agriculture Biologique > Perception de la population (Wikipédia)

Le bio est une vaste arnaque car c’est un mode de production qui par son appellation suggère un monde parfait avec des méthodes parfaites produisant le Saint-Graal des aliments. Or comme il est précisé dès la première ligne de l’article dédié sur Wikipédia, « l’agriculture biologique est une méthode de production agricole qui exclut le recours à la plupart des produits chimiques de synthèse ».

Épis de maïs colorés superposés les uns sur les autres
Photo par Holly Deckert via Unsplash

C’est dans cette nuance qu’à mon sens réside la perversité des labels Bio : le label Agriculture Biologique français autorise le recours aux pesticides (Bt, pyrèthre, sulfate de cuivre et soufre) et autres intrants chimiques — notamment parce que depuis 2009 il s’est aligné sur les directives de l’UE — et aux OGM, toujours pour la même raison. Depuis l’alignement, seul 95% de la masse du produit doit être d’origine biologique, ce qui tire vers le bas la qualité perçue des produits bio.

L’agriculture biologique élimine un certain nombre de risques sanitaires induits par l’usage ou l’abus de certains intrants chimiques, mais elle introduit des facteurs de risque liés à certaines pratiques. Ainsi l’absence de recours aux herbicides peut favoriser les contaminations par des plantes toxiques. En France, en septembre et octobre 2012, de la farine de sarrasin biologique est contaminée par des graines de datura ; 32 personnes sont intoxiquées, dont 8 hospitalisées. Les graines ayant la même taille elles ne peuvent être séparées par tamisage.

Agriculture Biologique > Impact sur la santé (Wikipédia)

Au départ je n’écris pas pour taper sur l’AB, mais j’en profite, je l’avais sur le cœur (j’aurai pu écrire un paragraphe entier sur l’anthropocentrisme fondamental du bio, plus cultivé pour préserver son corps que l’environnement à mon sens). Je souhaitais avant tout souligner que celle-ci a des avantages sanitaires tant sur le plan humain qu’environnemental.

Malgré tout, en 2011 on ne relevait que 0,9% de terre agricoles consacrées à l’agriculture biologique dans le monde, en 2016 le bio représentait environ 6,2 % de la surface agricole utile européenne et la France se plaçait en-dessous de la moyenne avec 5,70 % de surface agricole utile consacrée au bio. On annonçait récemment une « progression à 7,5% de la surface agricole bio, tandis que 10% des agriculteurs travaillent désormais en bio dans le pays ». À cette allure, il se peut même qu’on tienne l’objectif d’atteindre 15% de la surface agricole en biologique fin 2022.

Toujours est-il qu’acheter bio est encourager la préservation de l’environnement, et à mon sens, cela rejoint aussi les objectifs des véganes. Comme avec le commerce équitable, il s’agit cependant pour chacun de faire à hauteur de ses moyens. Si vous êtes étudiant boursier, n’allez pas dépenser l’argent du CROUS dans un Caddie entièrement bio, 1 kilo de patates fera l’affaire.

Légumes assortis à un stand de légumes
Photo par Lukas Budimaier via Unsplash

Dans la même optique, l’agriculture biologique est liée — par la volonté des agriculteurs et celle des consommateurs — au circuit court, c’est à dire un circuit de distribution dans lequel intervient le moins d’intermédiaires possible entre ces deux entités. En agriculture biologique, un producteur bio sur deux vend directement au consommateur au moins une partie de sa production. Le circuit court comprend également la vente indirecte par le biais d’un intermédiaire : à Mittelhausbergen, juste à la sortie de Strasbourg, le magasin Stéphane Biot en est un bon exemple, le site La Ruche Qui Dit Oui aussi.

Les marchés sont le meilleur exemple de vente directe, mais on peut également recenser les Associations pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne (AMAP) et les coopératives paysannes (Hop’la à Oberhausbergen).

Le minimalisme

Mouvance chère à mes yeux, le minimalisme a pour objectif de vivre avec moins d’objets autour de soit, moins de vêtements dans son armoire, moins de livres dans sa bibliothèque. Ce n’est pas une technique pour pouvoir déménager à tout moment mais pour se réfléchir à sa consommation et repenser la surconsommation, le marketing, le gaspillage de denrées et d’espace également. En un mot, éviter de se laisser encombrer par le superflu.

Chaise et bureau devant un mur blanc
Photo par Bench Accounting via Unsplash

Il est difficile d’imaginer pour un cinéphile de se séparer d’une partie de sa vidéothèque, pour un grand lecteur de céder des livres ou pour un collectionneur de hiboux en plastique d’abandonner ses hiboux en plastique. Mais il ne s’agit pas de tout donner/vendre, c’est même plutôt l’inverse : garder ce qui est cher à nos yeux et réfléchir à ce qui ne l’est pas.

On peut aussi se dire que les médiathèques conservent un nombre immense de produits culturels, et qu’il n’est pas plus difficile d’y avoir accès que dans sa propre collection. Le minimalisme doit surtout s’envisager dans ses possessions futures : aura-t-on vraiment besoin d’un 3ème vase, de plus de coussins sur le canapé, d’objets décoratifs dont sont remplis les HEMA, Tiger, IKEA et autres Søstrene Grene ? D’une cinquième chemise ou d’une énième jupe ?

Pour aller plus loin, je vous conseille l’excellent documentaire Minimalism: A Documentary About the Important Things (2015) et de vous pencher sur le mouvement des micro-maisons (plus de détails en anglais), notamment sur les reportages de Bryce Langston qu’il diffuse gratuitement sur son site Living Big In A Tiny House.

Le zéro déchet & le recyclage

La tendance qui fait le plus « Bobo » du moment, c’est sans aucun doute le « zéro déchet« . Même à Strasbourg, où l’on est plus en retard sur le véganisme que partout ailleurs, on dispose d’au moins 3 magasins de vrac (Day by Day à Neudorf, Bee Vrac à Cronenbourg et Le Bocal à la Krutenau). Le combat anti-gaspi invite les gens à vider leur frigo avant de le remplir, à acheter en quantités raisonnables (oui, il faut apparemment éduquer le public sur ces points) et à utiliser leurs épluchures pour faire des compotes et des soupes. Même Master Chef a instauré une épreuve il y a quelques années, c’est dire.

Vache dans un champ d'herbe verte regardant l'objectif
Photo par Adam Morse via Unsplash

À titre personnel, quand je vais dans un bar qui fait des burgers et que je vois une assiette à demie-pleine au moment où le type se lève pour payer, je vois un animal mort pour rien. Jusqu’à preuve du contraire, on a pas réussi à extraire des steaks hachés des animaux sans les tuer. Le manque de respect des animaux vivants est suffisamment effarant aujourd’hui pour qu’on n’ai pas en plus l’audace et l’indécence de gâcher le peu de choses qu’on retire de leur triste vie.

Le tri en vue du recyclage de son côté est un geste simple et un réflexe pour une immense majorité de français j’imagine, même si ici ou là un trouduc glisse une bouteille en verre avec ses déchets ménagers. Autant les déchets organiques des fruits et légumes sont périssables, autant il est plus primordial de recycler correctement ses piles, imprimantes, ordinateurs, téléphone, petit et gros électroménager.

Plan de recyclage de voiture avec plusieurs véhicules détruits
Photo par sergio souza via Unsplash

Le journal Le Devoir révèle qu’en 2016 « les humains ont mis au rebut 44,7 millions de tonnes métriques d’équipements électriques et électroniques selon un rapport publié par l’Union internationale des télécommunications (UIT) » tandis que de nombreux métaux précieux « tels que de l’or, de l’argent, du cuivre, du platine et du palladium » sont ainsi perdus et que des métaux lourds « tels que le mercure, le plomb et le cadmium, ainsi que des produits chimiques, tels que des chlorofluorocarbones (CFC) […] contamineront l’air, le sol et la nappe phréatique et auront à long terme des effets nocifs sur la santé ».

Le tri permet d’aiguiller correctement les appareils sur les filières de transformation et de récupérer des matières premières — ce qui n’est pas trop : « la valeur [estimée] des matériaux qui auraient pu être récupérés des vieux appareils jetés en 2016, dont notamment des métaux précieux tels que de l’or, de l’argent, du cuivre, du platine et du palladium, atteignait 55 milliards, ce qui excède le produit intérieur brut (PIB) de la plupart des pays du monde » apprend-on dans le même article. La même année, seuls 20% des déchets ont été recyclées. S’il y a une chose à retenir, c’est que le meilleur déchet est celui qui n’existe pas comme le revendique l’association Edeni.

Le seconde-main, les fripes

Dans l’esprit du minimalisme, il n’est pas nécessaire d’avoir une garde-robe et de ne porter qu’une fois chaque vêtement avant d’en acquérir un autre. Les fripes sont un bon moyen de donner une seconde vie à des vêtements mais surtout de ne pas participer au mécanisme offre-demande.

Femme cherchant des vêtements assortis sur de cintres en bois
Photo par Becca McHaffie via Unsplash

Par principe, un végane ne s’habillera pas de soie, de cuir (croûte de porc ou de vachette) ou de fourrure (surprise). Cependant l’éthique ne s’arrête pas aux animaux et on peut choisir de ne pas participer à la demande en coton pour privilégier les matières synthétiques. Le documentaire Cash Investigation Coton : l’envers de nos tee-shirts fait le point sur la traçabilité et l’origine du coton.

Pour résumer, l’Ouzbékistan, un des plus gros producteurs mondial, est un « régime autoritaire très secret qui envoie tous les ans un million de personnes dans les champs au moment de la récolte » [1] sous escorte policière, hommes et femmes comme enfants, puisque des ONG ont observés le travail d’enfants de 11 à 14 ans dans les champs. Ce coton, un fois acheté par le Bangladesh notamment, finit dans de filatures dans lesquelles « ouvriers et des ouvrières y travaillent à la chaîne, parfois âgés de seulement 11, 12 ou 13 ans. Les ouvrières sont logées dans une vaste résidence dont il est interdit de sortir, et où les conditions d’hygiène sont déplorables. » [2]

Branche de cotonnier sur fond blanc
Photo par Marianne Krohn via Unsplash

La BCI pour « Better Coton Initiative », label potiche qui ne s’accompagne d’aucune contrainte réelle pour les marques engagées, est très en vogue dans le retail, H&M et Inditex compris (Zara, Pull and Bear, Massimo Dutti, Bershka, Stradivarius, Oysho et Uterqüe), mais aussi Adidas, Gap, Nike, Levi Strauss et C&A. Plus surprenant, on trouve même Décathlon et Ikea dans le top 15 de la BCI.

En résumé, mieux vaut privilégier les matières synthétiques pour une éthique humaine idéale, et le coton en seconde-main pour arrêter de faire tourner des multinationales du prêt-à-porter qui font leur beurre sur la misère des gens. Et ne me dites pas « Oui mais ils construisent des écoles » — c’est la moindre des choses.

L’anticapitalisme et autres anti-conformismes

Il devrait être tout en haut de la liste, mais l’anticapitalisme plus que tout autre est lié au véganisme. Jusque dans les années 50, les fermiers vivaient avec les animaux, à côté d’eux. S’ils mourraient en fin de compte, ils menaient au moins des vies plus heureuses, moins stressantes. Le capitalisme dont la logique est la productivité a transformé ce rapport, parquant des milliers de bêtes à la fois dans d’énormes hangars où ne filtre ni la lumière du jour ni le souci du bien-être animal. Y aurait-il aujourd’hui autant de véganes si il n’y avait pas d’élevage industriel ? On peut en douter.

Parmi les autres anti-conformismes, on peut s’attacher à l’écoféminisme. Ce mouvement dont le terme a été inventé par Françoise d’Eaubonne dans son ouvrage Écologie et Féminisme, révolution ou mutation ? est né à la fin des années 70 et lie le féminisme à l’écologie. Il trouve ses racines dans le parallèle établit entre la domination de l’homme sur la nature et l’oppression des hommes envers les femmes.

Personne tenant un panneau "There is no planet B" dans une manifestation
Photo par Bob Blob via Unsplash

Val Plumwood va plus loin encore dans Feminism and the Mastery of Nature (1993), où elle développe l’idée du « standpoint of mastery« , soit un ensemble de perceptions du soi et de sa relation aux autres, qui est à l’origine du racisme, du sexisme, du colonialisme et de la domination de la nature. Malheureusement, on entend encore peu parler de l’écoféminisme, et plus étrange encore, les écoféministes ne sont pas nécessairement véganes, alors même qu’elles perçoivent l’oppression de l’homme sur les « animaux non-humains » et qu’elles peuvent le ramener à leur propre expérience d’oppression.

Enfin on peut évoquer l’antinatalisme aussi appelé mouvement child-free (sans enfant par choix). Pas strictement lié au véganisme mais plutôt à la conscience écologique, l’antinatalisme trouve ses racines dans les constats actuels de surpopulation, la finitude des ressources, le dépassement de l’idée qu’il faut « laisser quelque chose derrière soi » et les difficultés grandissantes des générations X et Z a subvenir à ses propres besoins avec un pouvoir d’achat qui ne s’améliore pas. Sur le sujet, on pourra lire le très défaitiste mais intéressant L’art de guillotiner les procréateurs de Théophile de Giraud, dont le PDF est distribué gratuitement sur le site personnel de l’auteur.